Vous l’avez peut-être vu passer sur Facebook, SoundCloud ou YouTube à l’époque où les détournements audio circulaient comme une traînée de poudre sur la toile. Mais franchement, celui-là mérite bien qu’on ressorte deux minutes les écouteurs du tiroir.
Il y a quelques années, un certain Ronny s’était amusé à détourner le mythique jeu télévisé Question pour un champion en bricolant des questions totalement absurdes à partir de bouts d’émissions.
Le principe était simple : prendre la voix inimitable de Julien Lepers, découper des morceaux de questions, les recoller dans un ordre absolument improbable, puis laisser les candidats répondre à côté de la plaque. Sauf que dans ce joyeux bazar, tout semble presque normal pendant une demi-seconde. Et c’est précisément là que c’est drôle.
Question pour un champion, mais sous acide
Dans ces montages, Ronny recrée de fausses questions sans queue ni tête, avec le sérieux imperturbable d’un vrai plateau télé. On entend Julien Lepers lancer des phrases qui commencent comme de vraies questions de culture générale, avant de partir complètement dans le décor.
Le résultat donne quelque chose qui se situe quelque part entre Question pour un champion, le Kamoulox de Kad et Olivier, et un oral du bac passé après trois nuits blanches.
Un exemple, pour le plaisir :
En avril 2010, comment appelle-t-on les membres de l’église chrétienne, père du mouvement punk, présentant des taches rappelant la peau de la vipère composée d’un mélange de légumes cuits, préparant l’émancipation politique des pays d’Afrique noire ?
— Un vélo ? Non.
— Alice au pays des merveilles ?
— Alice au pays des merveilles, d’accord !
Voilà. Tout est là.
La question n’a aucun sens, les réponses non plus, et pourtant l’ensemble garde cette mécanique très sérieuse de jeu télévisé. Le cerveau essaye de suivre, puis abandonne dignement au bout de quatre secondes.
Julien Lepers, matière première idéale
Il faut dire que Julien Lepers était un matériau de choix pour ce genre de détournement. Sa diction, son énergie, son débit mitraillette, ses relances théâtrales… tout se prêtait parfaitement au montage absurde.
Pendant des années, Question pour un champion a été indissociable de son style. Le suspense sur un mot de six lettres. Le “oui, oui, oui !”. Le petit ton dramatique quand un candidat hésite sur une réponse qui vaut pourtant trois points et un Larousse illustré.
Ronny n’a finalement fait que pousser cette mécanique jusqu’au délire complet. En gardant le rythme de l’émission, mais en remplaçant la logique par une sorte de poésie débile.
Et forcément, la sauce prend.
Un petit morceau de web comme on n’en fait plus assez
Ce détournement appartient à une période assez bénie du web francophone : celle où un montage audio pouvait devenir culte sans plan de communication, sans format vertical optimisé, sans miniature jaune fluo avec une tête qui hurle.
Quelqu’un bricolait un truc drôle, le mettait en ligne, et Internet faisait le reste.
Les premiers mix avaient été publiés sur SoundCloud, puis certains ont circulé ailleurs, notamment sur YouTube. On retrouve encore des traces de ces détournements sous le nom de Ronny Véranda, preuve que les bonnes bêtises vieillissent parfois mieux que certains concepts très sérieux.
Et c’est tant mieux.
Parce que ce genre de détournement rappelle une chose importante : Internet n’a pas toujours besoin d’être utile, rentable, productif ou “engageant”. Parfois, il suffit d’une voix de Julien Lepers, de trois questions découpées au hachoir et d’un candidat qui répond “Alice au pays des merveilles” pour obtenir un petit chef-d’œuvre d’absurde.
À écouter avec le cerveau en roue libre
Si vous aimez l’humour nonsensique, les montages bien fichus et les grands moments de télévision passés au mixeur, ce détournement de Question pour un champion vaut clairement le détour.
Ce n’est pas très fin. Ce n’est pas très utile. Ce n’est probablement pas validé par l’Académie française du quiz télévisé.
Mais c’est frais, bête, bien fait, et ça s’écoute avec un grand sourire idiot.
Et franchement, sur Internet, c’est déjà beaucoup.












