La question ne se pose plus dans les mêmes termes qu’il y a deux ans. Créer un site avec une intelligence artificielle fonctionne réellement, et les chiffres du secteur le confirment. Lovable a annoncé 400 millions de dollars de revenus annualisés en février 2026, multipliés par quatre en huit mois. Cursor, l’éditeur de code assisté, était valorisé 60 milliards de dollars en avril selon Bloomberg. Ces outils ne sont plus des curiosités.
Reste à savoir jusqu’où ils vont, et à partir d’où ils s’arrêtent.
Là où les outils IA sont imbattables
Pour sortir une première version présentable, rien ne va aussi vite. Un générateur comme Lovable produit une interface propre, cohérente et responsive en quelques échanges. ChatGPT ou Claude écrivent du code lisible et savent construire une application complète à partir d’une description en français.
Pour valider une idée, montrer une maquette à un associé, ouvrir une page de collecte d’e-mails avant un lancement, c’est devenu la solution évidente. Le coût est marginal et le délai se compte en heures. Quiconque conseille encore un devis à cinq chiffres pour ce type de besoin n’a pas regardé ce qui s’est passé depuis 2024.
Là où ça coince
Les difficultés n’apparaissent pas au moment de la création. Elles apparaissent après.
La première concerne tout ce qui n’est pas visible à l’écran. Le respect du RGPD, la gestion réelle des consentements, l’accessibilité, la performance sous charge, la sécurité des formulaires. Un générateur produit ce qu’on lui demande, et personne ne pense à demander une politique de conservation des données ou un traitement correct des demandes de suppression.
La deuxième concerne la durée. Un site vit trois à cinq ans. Il faut le mettre à jour, corriger ce qui casse, ajouter une page, changer un tarif, migrer quand une dépendance devient obsolète. Un projet généré en une soirée sans que personne ne comprenne son architecture devient très vite un projet que personne ne peut reprendre. Le coût ne disparaît pas, il se déplace de six mois.
La troisième est la moins discutée. Ces outils produisent des sites qui se ressemblent, parce qu’ils s’appuient sur les mêmes bibliothèques et les mêmes conventions. Pour un site interne ou un prototype, aucune importance. Pour une entreprise qui doit se distinguer de quatre concurrents sur le même marché, c’est un handicap réel.

Et l’agence, alors
L’agence classique règle ces trois points, mais elle en apporte deux autres. Le devis initial, qui suppose de savoir à l’avance ce qu’on veut, ce qui est rarement le cas. Et l’avenant, qui transforme chaque évolution en négociation.
C’est ce qui explique l’apparition d’un modèle intermédiaire : l’abonnement, avec des demandes illimitées et sans devis à chaque changement. L’entreprise conserve un interlocuteur qui maîtrise le code, et cesse de payer chaque modification à l’unité.
Une équipe française a poussé la comparaison jusqu’au bout en confiant le même cahier des charges à ChatGPT, à Claude, à Lovable et à une agence traditionnelle, puis en évaluant les quatre résultats sur le design, la conformité, la performance et le coût réel sur trois ans. Le comparatif entre ChatGPT, Claude, Lovable et une agence web est intéressant, notamment parce qu’il ne conclut pas dans le sens qu’on attendrait.
La bonne question n’est probablement pas de savoir qui gagne. C’est de savoir combien de temps votre site doit tenir, et qui s’en occupe le jour où il casse.













