En 2015, Delta Airlines a eu une idée toute simple pour faire regarder sa vidéo de sécurité en vol : y coller Internet. Pas juste deux ou trois clins d’œil vite fait, non. Un vrai grand bain de mèmes, de vidéos virales et de personnages improbables qui ont marqué YouTube.
Vous savez, la vidéo qui remplace le ballet des hôtesses et stewards avant le décollage pour vous expliquer où se situent les issues de secours, comment mettre votre masque à oxygène, attacher votre ceinture ou éviter de finir avec votre tablette dans le nez du voisin en cas de turbulences. En général, c’est le moment où la moitié de l’avion regarde ailleurs.
Là, forcément, c’est un peu plus difficile.
Une vidéo de sécurité version Internet sous caféine
Les consignes sont bien présentes, sérieuses comme il faut, mais Delta les a emballées dans une vidéo qui détourne une belle brochette de grands buzz du web : Double Rainbow Guy, Harlem Shake, Nyan Cat, Doge, Dramatic Chipmunk, Ice Bucket Challenge, Charlie Bit My Finger, les hamsters qui mangent des burritos… et j’en passe, parce qu’à ce niveau-là, ce n’est plus une vidéo, c’est une brocante de souvenirs Internet.
Le résultat donne une vidéo de sécurité complètement perchée, mais assez maligne. Pendant qu’on essaie de repérer le prochain caméo absurde, les consignes passent. Et mine de rien, c’est exactement le but : faire en sorte que les passagers regardent enfin ce qu’on leur raconte avant de décoller.
Delta avait même baptisé la chose “The Internetest safety video on the Internet”. Difficile de faire plus clair. Ou plus Internet.
Des mèmes, des consignes et beaucoup de clins d’œil
Dans cette vidéo, tout y passe ou presque. Une référence surgit pendant qu’un passager boucle sa ceinture, une autre apparaît au moment de ranger les bagages, puis une autre encore déboule pendant les explications sur le masque à oxygène. C’est le genre de vidéo où l’on peut facilement louper la moitié des blagues au premier visionnage.
Et c’est peut-être ça qui la rendait amusante : elle ne cherchait pas seulement à faire “jeune” avec trois hashtags posés au hasard. Elle empilait de vrais morceaux de culture web, parfois glorieux, parfois un peu honteux, mais tous immédiatement reconnaissables pour ceux qui ont passé trop de temps sur YouTube.
Enfin… trop de temps. Disons plutôt “un temps raisonnable consacré à l’étude sociologique du web”. Voilà. C’est plus chic.
Une vidéo pensée pour les 10 ans de YouTube
Cette vidéo avait aussi un petit côté anniversaire géant, puisqu’elle s’inscrivait dans les 10 ans de YouTube. Et pour célébrer la plateforme, Delta a choisi une méthode assez logique : réunir dans un avion une bonne partie des trucs étranges qui ont rendu Internet aussi formidable qu’inquiétant.
C’est un drôle de mélange entre communication de compagnie aérienne, capsule temporelle et gros clin d’œil à une époque où un chat sur un Roomba, une banane qui danse ou un arc-en-ciel filmé avec beaucoup trop d’émotion pouvaient faire le tour du monde.
Le plus amusant, c’est que la vidéo fonctionne presque comme un musée miniature du web viral. Pas un musée très sérieux, certes. Plutôt un musée où l’audioguide aurait été remplacé par une chèvre qui hurle.
Quand les compagnies aériennes essaient de nous faire regarder les consignes
Delta n’est pas la seule compagnie à avoir compris qu’une vidéo de sécurité pouvait devenir un petit spectacle. D’autres compagnies ont aussi tenté l’humour, les célébrités, les chorégraphies ou les mises en scène façon mini-film pour capter l’attention des passagers.
Et franchement, on comprend pourquoi. Entre les gens qui terminent un message avant le décollage, ceux qui fouillent leur sac, ceux qui ont déjà mis leurs écouteurs et ceux qui connaissent “par cœur” les consignes mais seraient bien incapables de montrer la sortie la plus proche, il faut parfois sortir l’artillerie lourde.
Chez Delta, l’artillerie lourde, c’était donc Nyan Cat et Doge. Comme quoi, tous les chemins mènent à la sécurité aérienne.
Une capsule temporelle bien barrée
Avec le recul, cette vidéo est presque aussi intéressante pour ce qu’elle montre d’Internet que pour ses consignes de sécurité. Elle capture une époque très précise du web, celle des vidéos virales qu’on s’envoyait par mail, des premiers grands mèmes mondiaux et des références qui passaient de YouTube aux plateaux télé en quelques jours.
Certaines références ont pris un petit coup de vieux, forcément. D’autres restent immédiatement reconnaissables. Et quelques-unes donnent surtout envie de se demander collectivement : “Mais pourquoi on trouvait ça si drôle ?”
La réponse est probablement : parce que c’était Internet. Et qu’Internet n’a jamais eu besoin d’être totalement logique pour être fascinant.
En tout cas, Delta a réussi son coup : transformer une vidéo de sécurité en gros clin d’œil à la culture web, tout en rappelant où sont les issues de secours. Ce qui, avouons-le, est quand même plus utile que de savoir faire danser une banane.













