La vidéo ci-dessous fascine toujours : on voit le paquebot norvégien Balmoral coupé en deux dans une cale sèche de Hambourg, un tronçon de 30 m glissé entre les deux moitiés, puis l’ensemble ressoudé avant de reprendre la mer. Réalisée en 2007 par le chantier Blohm & Voss, cette opération de « stretching » a permis d’ajouter 186 passagers, 56 membres d’équipage, 60 balcons et de nouveaux espaces publics à un navire lancé en 1988. Autrement dit, une remise à niveau complète pour un marché britannique plus exigeant.
Time‑lapse de l’opération (YouTube) :
Pourquoi couper un navire en deux ?
Allonger un paquebot reste, sur le papier, plus économique que construire une coque neuve. L’armateur gagne des cabines supplémentaires et améliore le rendement par passager sans repartir de zéro. Dans le cas du Balmoral, la manœuvre a duré un peu moins de deux mois : découpe au chalumeau, insertion du bloc pré-fabriqué, soudure, réfection des canalisations et câblages, puis peinture. Le navire a repris la mer avec 1 350 passagers au lieu de 1 164 et une longueur totale portée à 218 m.
Les pratiques d’allongement depuis 2010 : toujours d’actualité, mais plus sélectives
- 2018 : Silver Spirit (Silversea Cruises) reçoit un tronçon de 15 m à Palerme, gagnant 34 suites et deux restaurants.
- 2020 : Star Breeze (Windstar) subit le même sort aux chantiers Fincantieri : +25 m et 100 cabines supplémentaires.
- 2024 : Stena Line fait allonger deux ferries E-Flexer de 42 m pour absorber le trafic fret et passagers entre le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord.
En 2026, la technique perdure mais se cantonne aux navires récents, dessinés dès l’origine pour accepter un « plug-in » central. Les coques plus anciennes, conçues avant les nouvelles normes de stabilité et d’émissions, sont rarement jugées rentables à modifier.
Un héritage d’ingénierie toujours impressionnant
Le Balmoral reste un exemple historique de ce que l’on peut réaliser lorsque l’on doit adapter un navire existant à un marché en pleine mutation. Treize ans plus tard, la méthode est toujours pertinente mais soumise à des contraintes environnementales et économiques plus strictes. Si vous apercevez aujourd’hui un bateau fractionné en cale sèche, sachez que le défi n’est pas seulement de ressouder l’acier : il s’agit aussi de revoir toute la chaîne énergétique, de recalibrer les systèmes de sécurité et de garantir que le navire trouvera encore sa place à quai.
Reste que ces images de découpe façon « saucisson » rappellent la créativité de l’ingénierie navale : quand on ne peut pas construire plus grand, on peut parfois… rallonger ce qui existe déjà.














