Vous recevez un e-mail intitulé « ILOVEYOU ». À l’intérieur, une prétendue lettre d’amour. Forcément, vous cliquez.
Mauvaise idée.
En mai 2000, des millions d’internautes ont fait exactement la même chose et ont participé, sans le vouloir, à l’une des plus grosses épidémies informatiques de l’histoire.
Depuis, les petites bestioles ont beaucoup évolué. Elles ne se contentent plus de faire planter Windows ou d’envoyer des e-mails à tout votre carnet d’adresses. Certaines chiffrent vos fichiers, volent vos mots de passe, transforment votre webcam en soldat d’une armée numérique ou revendent carrément l’accès à votre ordinateur à d’autres cybercriminels. Bref, ça s’est un peu professionnalisé.
Voici 12 virus et malwares qui ont particulièrement marqué Internet, des bonnes vieilles macros Word jusqu’aux voleurs de mots de passe beaucoup plus discrets que l’on croise actuellement.
Petite précision pour les puristes : tout ce qui suit n’est pas techniquement un « virus ». On y trouve aussi des vers, chevaux de Troie, ransomwares, botnets et infostealers. Mais dans la vraie vie, on continue souvent à appeler tout ça des virus informatiques. Alors ne chipotons pas trop.
Des pièces jointes piégées aux PC zombies
1. Melissa – 1999
Melissa n’avait rien de particulièrement spectaculaire à regarder. Pas d’écran qui clignote, pas de gros message « VOUS ÊTES PIRATÉ ». Le virus se cachait simplement dans un document Word.
Une fois le fichier ouvert et la macro exécutée, Melissa utilisait Outlook pour envoyer le même document aux 50 premiers contacts du carnet d’adresses. Et ces personnes recevaient donc un message provenant de quelqu’un qu’elles connaissaient. Forcément, ça inspire confiance.
La propagation a été suffisamment importante pour engorger les serveurs de messagerie de nombreuses entreprises et administrations. Le FBI estime qu’environ un million de comptes e-mail ont été perturbés.
Melissa venait surtout de démontrer quelque chose que les pirates utilisent encore très bien : plutôt que d’essayer de forcer une porte, autant demander gentiment à quelqu’un de l’ouvrir.
2. ILOVEYOU – 2000
Un an plus tard, les créateurs d’ILOVEYOU ont perfectionné la méthode.
Cette fois, l’e-mail promettait carrément une déclaration d’amour. La pièce jointe baptisée « LOVE-LETTER-FOR-YOU » contenait évidemment autre chose.
Une fois lancée sous Windows, elle pouvait modifier des fichiers puis envoyer une copie du message aux contacts enregistrés sur l’ordinateur. Et ça a marché. Très, très bien.
ILOVEYOU s’est propagé à une vitesse folle à travers le monde. Difficile de trouver meilleur exemple pour comprendre le principe de l’ingénierie sociale : techniquement, la faille la plus intéressante se trouvait entre la chaise et le clavier.

3. Code Red – 2001
Code Red a changé un peu la recette puisqu’il n’avait même plus besoin d’attendre que quelqu’un ouvre une pièce jointe.
Ce ver recherchait sur Internet des serveurs Microsoft IIS vulnérables et pouvait les infecter automatiquement. Une fois installé, il poursuivait sa recherche de nouvelles victimes et pouvait participer à des attaques par déni de service.
Voilà pour l’une des grandes règles de la cybersécurité : lorsqu’un éditeur publie un correctif de sécurité important, cliquer trois fois sur « Me le rappeler plus tard » n’est pas forcément la meilleure stratégie.
4. SQL Slammer – 2003
SQL Slammer était minuscule. Quelques centaines d’octets seulement. Mais visiblement, la taille ne fait pas tout.
En janvier 2003, ce ver ciblant Microsoft SQL Server et MSDE s’est propagé extrêmement rapidement sur Internet. Il recherchait en permanence de nouvelles machines vulnérables, générant au passage énormément de trafic.
Résultat : réseaux ralentis, services perturbés et administrateurs système avec probablement une très mauvaise journée.
Le plus frustrant dans cette histoire, c’est qu’un correctif permettant de bloquer la faille était disponible depuis plusieurs mois. Oui, encore cette histoire de mises à jour.
5. MyDoom – 2004
MyDoom est arrivé par e-mail, lui aussi, avec sa petite pièce jointe infectée.
Une fois installé, il récupérait des adresses présentes sur l’ordinateur pour continuer à se répandre. Mais surtout, les machines contaminées pouvaient être utilisées à distance dans des attaques coordonnées.
C’est là que l’on commence vraiment à voir apparaître le principe du PC « zombie ». Votre ordinateur fonctionne apparemment normalement, sauf qu’au fond de la salle il vient discrètement de rejoindre une armée.
Ambiance.
6. Conficker – 2008
Conficker est probablement l’un des derniers très grands vers informatiques de cette époque.

Il exploitait notamment une vulnérabilité de Windows, mais pouvait aussi profiter de mots de passe administrateur un peu trop faciles à deviner et passer d’une machine à l’autre sur un réseau ou via certains supports amovibles.
Microsoft estime qu’entre 9 et 15 millions d’ordinateurs ont pu être infectés à son apogée.
Conficker pouvait également empêcher l’accès à certains outils et services de sécurité, histoire de compliquer un peu la tâche de ceux qui essayaient de s’en débarrasser. Sympa jusqu’au bout.
Puis les malwares sont devenus un vrai business
Après Conficker, les grosses infections n’ont évidemment pas disparu. Mais leur objectif a progressivement changé.
Faire planter des ordinateurs, c’est rigolo cinq minutes. Gagner de l’argent avec, c’est tout de suite plus intéressant.
7. Emotet – à partir de 2014
Emotet est un bon exemple de cette évolution.
À l’origine, il s’agissait principalement d’un cheval de Troie bancaire. Puis le malware s’est transformé en véritable porte d’entrée pour d’autres groupes de cybercriminels.
Une machine infectée pouvait ensuite recevoir d’autres logiciels malveillants, notamment des ransomwares.
Autrement dit, on ne se contente plus forcément de pirater votre ordinateur : on peut aussi revendre l’accès. Le malware devient un service. Le piratage devient un business. Et tout le monde est content, sauf évidemment celui qui possède l’ordinateur.
8. Mirai – 2016
Mirai a eu une autre bonne idée : pourquoi se limiter aux PC ?
Le malware recherchait sur Internet des objets connectés mal protégés, notamment des caméras et des routeurs utilisant encore leurs identifiants et mots de passe par défaut. Une fois infectés, ces appareils rejoignaient un botnet.
En 2016, Mirai a notamment participé à une énorme attaque contre le fournisseur DNS Dyn. Plusieurs services très connus sont alors devenus temporairement difficiles ou impossibles à atteindre.
Et tout ça grâce, entre autres, à des caméras connectées dont personne n’avait changé le mot de passe.
Si vous venez soudainement de penser à un appareil connecté chez vous configuré avec « admin/admin », c’est peut-être le moment d’aller jeter un œil.
9. WannaCry – 2017
WannaCry porte plutôt bien son nom.
En mai 2017, ce ransomware s’est propagé à travers plus de 150 pays et a touché des centaines de milliers de machines.
Son fonctionnement était particulièrement vicieux : il pouvait passer automatiquement d’un ordinateur Windows vulnérable à un autre avant de chiffrer les fichiers présents sur la machine et d’exiger une rançon.
Des entreprises, administrations et hôpitaux ont été touchés. Et, encore une fois, la vulnérabilité Windows exploitée par WannaCry disposait déjà d’un correctif.
Je vous avais prévenu que cette histoire de mises à jour allait revenir.
10. NotPetya – 2017
À peine le temps de digérer WannaCry que NotPetya arrivait quelques semaines plus tard.
Au premier coup d’œil, on aurait pu croire à un nouveau ransomware. Sauf que récupérer ses fichiers après avoir payé n’était pas vraiment prévu au programme.
Le logiciel était avant tout destructeur.
L’attaque a notamment touché l’Ukraine avant de se propager vers de grandes entreprises internationales. Certaines ont vu des milliers de machines devenir inutilisables.
NotPetya a parfaitement montré qu’une attaque informatique partie d’un logiciel ou d’un réseau bien précis pouvait rapidement se transformer en catastrophe mondiale.
11. LockBit – à partir de 2019
Avec LockBit, on passe quasiment au stade industriel.
Le groupe utilisait le modèle du « Ransomware-as-a-Service », ou RaaS. En simplifiant beaucoup : certains développent le ransomware et son infrastructure, pendant que d’autres se chargent de trouver et d’attaquer les victimes. Les gains sont ensuite partagés.
Une sorte de franchise du ransomware, en beaucoup moins sympathique.
LockBit est devenu l’un des noms les plus importants du secteur avant qu’une opération internationale menée en 2024 ne permette aux forces de l’ordre de prendre le contrôle d’une partie de son infrastructure.
Mais cette opération montre justement à quel point le modèle a changé : on ne chasse plus simplement un virus. On s’attaque à une véritable organisation.
12. Lumma Stealer – à partir de 2022
Et puis il y a les malwares beaucoup moins spectaculaires.
Lumma Stealer ne cherche pas forcément à bloquer votre écran ou à vous annoncer fièrement qu’il vient de pirater votre ordinateur. Il préfère fouiller discrètement.
Mots de passe enregistrés dans le navigateur, cookies de session, informations bancaires, données liées aux cryptomonnaies… tout ce qui peut avoir de la valeur l’intéresse.
Microsoft a observé des centaines de milliers de machines Windows infectées avant une importante opération menée contre son infrastructure en 2025.
Le problème avec ce genre de malware, c’est justement qu’il n’a aucun intérêt à se faire remarquer. Si quelqu’un vient de voler vos clés, il ne va généralement pas sonner à la porte pour vous prévenir.
Et les virus informatiques actuels ?

Si vous attendiez un grand virus mondial aujourd’hui, avec un nom rigolo et un écran bleu à la clé, vous risquez d’être déçu.
La menace est devenue beaucoup plus éclatée.
Le dernier panorama de l’agence européenne ENISA classe toujours les ransomwares parmi les incidents ayant le plus d’impact à court terme. Le phishing et les autres techniques d’ingénierie sociale restent également très présents, tout comme l’exploitation de failles de sécurité. L’agence observe aussi une utilisation croissante de l’intelligence artificielle pour faciliter certaines opérations malveillantes.
Mais ce sont notamment les infostealers qui illustrent bien la menace actuelle.
Lumma n’est d’ailleurs qu’un exemple. En juin 2026, Microsoft, Europol et plusieurs partenaires ont mené une opération contre les infrastructures utilisées par StealC et Amadey. Plus de 200 domaines et adresses IP malveillants liés à ces services avaient été identifiés.
StealC peut notamment récupérer des mots de passe, cookies, données de navigateur, portefeuilles crypto ou informations issues de certaines applications. Les données volées peuvent ensuite être revendues et utilisées pour accéder à d’autres comptes ou réseaux.
Et les techniques pour vous faire installer ces saletés ont, elles aussi, évolué.
On trouve bien sûr toujours les bons vieux e-mails frauduleux, mais également de faux logiciels, des résultats de recherche piégés, des publicités malveillantes ou la technique « ClickFix ». Celle-ci consiste par exemple à afficher un faux problème ou un faux CAPTCHA puis à demander à l’utilisateur de copier-coller lui-même une commande sur son ordinateur.
Oui, le malware vous demande maintenant parfois de l’installer vous-même.
Il fallait y penser.
Finalement, les bons réflexes n’ont pas tellement changé
Les malwares ont beaucoup évolué depuis Melissa et ILOVEYOU, mais les méthodes pour leur compliquer la vie restent assez basiques.
Faites vos mises à jour. Utilisez des mots de passe différents et solides. Activez l’authentification à deux facteurs lorsque c’est possible. Gardez également une sauvegarde des fichiers auxquels vous tenez vraiment.
Et surtout, gardez un minimum de méfiance lorsque quelqu’un vous demande d’ouvrir une pièce jointe, de télécharger un programme ou de copier une commande bizarre dans Windows.
On vous explique d’ailleurs sur Byothe comment bien gérer vos mots de passe sur Internet et comment vérifier qu’un fichier est sûr avant de le télécharger.
Parce qu’au fond, malgré près de trente ans d’évolution des virus informatiques, les cybercriminels utilisent encore deux failles particulièrement efficaces : les logiciels que l’on oublie de mettre à jour…
…et nous.













