Pour la création d’une publicité, la designer Ivi Hu s’était associée en 2013 avec des industriels américains et avait fait quelques expériences au laser sur un support pour le moins non conventionnel : la viande.
Avec une tranche de viande et un laser de découpe, elle gravait mots et détails graphiques et ça marchait ! Cela a permis de prouver qu’il est possible d’imprimer sur de la viande. Le seul problème à l’époque, c’est que certaines polices étaient trop petites pour être lisibles.
Cependant, le procédé eco-friendly est plutôt marrant et est désormais utilisé sur les fruits dans certains pays d’Europe, notamment en Espagne. Dans le principe, c’est une bonne façon de réduire l’utilisation d’étiquettes avec leurs encres alimentaires pas forcément tip-top au niveau de la composition. Le marquage laser alimentaire fonctionne par dépigmentation de la peau du fruit, suivie par l’application d’un liquide de contraste composé d’oxydes et d’hydroxydes de fer (pas de panique, aucun danger pour la santé) pour rendre la marque visible. Ainsi, il n’existe ni pression physique des fruits et légumes ni pénétration d’encres ou autres produits, l’aliment n’est en aucun cas endommagé.
Exemples actuels du marquage laser en Europe
Depuis 2024, plusieurs enseignes européennes ont opté pour le natural branding afin de supprimer les autocollants plastiques. Chez Marks & Spencer, les avocats, patates douces et citrons bio reçoivent désormais un marquage indiquant la date limite de consommation et le logo « Eat Well ». Du côté de la grande distribution allemande, Edeka et Rewe gravent leurs champignons Portobello et citrons non traités pour différencier clairement le bio du conventionnel sans emballage supplémentaire. En Espagne, Carrefour utilise la même technologie sur ses pastèques premium pour faire figurer le numéro de lot et l’année de récolte, tandis que Lidl et Aldi identifient concombres, mangues et kiwis bio grâce à un marquage discret mais parfaitement lisible.






Ces exemples montrent que la gravure laser n’est plus une curiosité technique : elle s’intègre aux chaînes de tri existantes et répond à une demande croissante de réduction des déchets d’emballage. Les consommateurs bénéficient d’une information claire, et les distributeurs suppriment étiquettes et encres dont la composition interrogeait jusqu’ici les services qualité.
Avancées technologiques et cadre réglementaire en Europe

Les lasers CO₂ de dernière génération atteignent aujourd’hui 200 cm² par seconde sans échauffement notable, évitant toute altération de la peau extérieure des fruits. Un système de vision embarqué ajuste la puissance selon la texture ou le taux d’humidité, garantissant un contraste optimal sur peaux claires comme foncées. Les modules compacts s’installent directement sur les lignes de conditionnement existantes, limitant l’investissement pour les exploitants.
Sur le plan juridique, la Commission européenne a confirmé en 2023 que le marquage laser relève d’un procédé mécanique superficiel : aucune substance n’est ajoutée, il n’entre donc pas dans le champ du règlement CE 1333/2008 relatif aux additifs alimentaires. Les États membres exigent toutefois une déclaration préalable auprès des autorités sanitaires lors de l’installation des équipements, et la gravure doit rester lisible sans modifier les qualités organoleptiques du produit.
Marquage laser sur la viande : un concept encore à l’étude
En 2026, la gravure laser sur la viande fraîche demeure expérimentale. Les travaux menés par l’Institut Fraunhofer IVV montrent qu’une profondeur inférieure à 0,3 mm préserve la texture, mais le brunissement localisé de la surface et le risque d’oxydation lipidique restent des freins majeurs. Les tests concluent également que le contraste obtenu sur les viandes claires est insuffisant pour garantir une lecture rapide en rayon.
Faute de validations réglementaires harmonisées et d’un consensus sur la classification du procédé (produit transformé ou non), aucun distributeur européen n’a généralisé cette technique. Les industriels privilégient encore les tampons à encre alimentaire et les étiquettes externes, solutions éprouvées qui répondent déjà aux normes de traçabilité sans risque de dégradation visuelle.












