Nous sommes en 1978. Dans le vingt heures de TF1 le journaliste François de Closets dévoile aux téléspectateurs un terme à la sonorité futuriste : télématique. Sur l’écran cathodique les modems chantent, les lignes courent telles des fils d’araignée et l’on pressent déjà qu’un réseau mondial est en gestation.
Plus de quarante ans plus tard cette archive de INA se lit comme une prophétie. Elle s’appuie sur le rapport Nora télématique et trace une voie qui mènera à l’Internet que vous consultez à l’instant même. Avant de dérouler le fil de cette histoire regardez donc ces images d’époque, elles parlent d’elles-mêmes.
Source de la vidéo : INA
Qu’est-ce que le rapport Nora et la télématique ?
Février 1978. Les inspecteurs des finances Simon Nora et Alain Minc déposent sur le bureau du président Valéry Giscard d’Estaing un document dense de plus de 250 pages sobrement intitulé L’informatisation de la société. Au détour des paragraphes un néologisme surgit : télématique. Contraction inspirée de télécommunications et d’informatique il traduit l’ambition de relier autant les citoyens que les machines.
Dans ce texte les auteurs dressent un tableau lucide des promesses et des risques d’une France numérique. Ils pressentent une croissance nouvelle une redistribution subtile des pouvoirs et d’inévitables questions de souveraineté. Leur maître-mot : socialiser l’information pour empêcher qu’elle ne se concentre au profit de quelques-uns. En d’autres termes la connaissance doit circuler librement afin de profiter à tous.

Pour aller plus loin : télécharger le texte intégral du rapport Nora au format PDF (vie-publique.fr)
Une vision en avance sur son temps
Le reportage diffusé au JT reprend les grandes lignes du rapport Nora télématique et les illustre d’animations aussi charmantes que prémonitoires. On y voit un terminal domestique unique : il permet d’envoyer des messages de consulter un compte bancaire de réserver un billet de train. Autant d’usages qui nous paraissent aujourd’hui ordinaires… depuis un simple smartphone.
Les auteurs prévoient également que la télématique deviendra un axe économique majeur. Ils affirment que l’informatisation est inéluctable et qu’ignorer la révolution à venir reviendrait à sortir du jeu international. L’État, écrivent-ils, devra tenir le rôle d’architecte pour préserver l’indépendance technologique du pays. On découvre enfin que la circulation ouverte des données est présentée comme un rempart contre l’émergence de nouveaux monopoles.
Une mise en garde toujours pertinente
Loin d’un enthousiasme béat le rapport Nora télématique sonne l’alarme : concentration des fichiers, tentation de surveillance, disparition de métiers et apparition de nouveaux emplois encore indéfinis. Le texte insiste sur la nécessité d’une pédagogie de la liberté : sans culture numérique partagée la technologie peut très vite devenir instrument de domination.
Ces préoccupations trouvent un écho saisissant dans nos débats actuels. Neutralité du Net, protection de la vie privée et régulation de l’intelligence artificielle occupent toujours le devant de la scène. Plus de quatre décennies se sont écoulées mais la question centrale reste inchangée : comment concilier innovation et respect des droits fondamentaux ?
Un héritage à ne pas négliger
On l’oublie souvent : la France n’a pas toujours couru derrière les trains technologiques. Le Minitel, ancêtre illustre, a popularisé la consultation d’informations à domicile. Certes le passage vers le Web mondial a manqué d’audace mais la graine était plantée. L’idée que l’on pouvait tout faire via un simple terminal venait directement des intuitions formulées dans le rapport Nora télématique.
Redécouvrir cette archive INA et relire le rapport c’est comprendre que les révolutions techniques s’inscrivent toujours dans un temps long. Chaque avancée soulève des enjeux sociétaux qu’il vaut mieux anticiper que subir…











